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Les Jeux Paralympiques, panacée de la représentation des handis ?


27 août 2021. Alex Portal vient de remporter la médaille de bronze au 400m nage libre lors des Jeux Paralympiques de Tokyo. Chez les commentateurs français, c’est l’effervescence. L’un deux s’exclame même, submergé par l’émotion « c’est un peu comme le Téléthon, les Jeux Paralympiques ».


Nul besoin d’être handicapé pour s’offusquer de la tournure. D’ailleurs le commentateur s’est vite excusé pour cette bourde. Personnellement, je l’ai trouvé révélatrice, car elle montrait bien la difficulté pour les personnes handicapées d’exister en dehors des deux modèles de représentation auxquels nous sommes accoutumés : celle misérabiliste matérialisée par le Téléthon, et l’autre, héroïque, que l’on retrouve dans les Jeux Paralympiques.


« Dépasser le handicap » « superhéros » « extraordinaires » … les qualificatifs positifs ne manquent pas pour décrire les efforts consentis par les athlètes parasport. Et cela, au grand dam des athlètes eux-mêmes.

« Nous ne voulons pas être vus comme des superhéros, nous sommes des athlètes avant tout », martelait Sandrine Martinet, porte-drapeau des Jeux 2020 lors d’un débat sur Arte le 1er septembre dernier.


Si on en juge la récente campagne #Wethe15, le message semble être passé. Lancée à l’occasion des Jeux il y a quelques semaines, elle se consacre aux petits riens du quotidien, partagés par handicapés comme valides. Avec l’objectif de faire sortir les personnes handicapées des clichés de l’exceptionnel, pour mieux faire valoir leurs droits humains.


Mais le problème demeure : pour attirer l’attention sur les revendications des personnes handicapées, il faut être performant et exceptionnel. Comme si la visibilité se méritait.

France Télévisions a pu se vanter de consacrer près de 100 heures d’antenne à ces Jeux – on n’oublie pas que les JO ont eux eu droit à pas moins de 650 heures. Mais combien y avait-il de spécialistes sportifs handicapés pour commenter les épreuves ? Je vous le dis d’emblée : trop peu.


Autre exemple plus récent, datant du 5 septembre 2021. La cérémonie de clôture des Jeux Paralympiques bat son plein, c’est l’heure de la passation entre Tokyo et Paris. L’air de la Marseillaise retentit et sous des millions d’yeux captivés, une chansigneuse interprète l’hymne national en langue des signes française. Un moment puissant et fédérateur.

Ah oui ?


Quelques jours auparavant, la communauté sourde française s’offusquait. Et pour cause, la vidéo d’introduction de Betty Moutoumalaya, une entendante qui se présente pourtant comme une formatrice de LSF, était truffée d’erreurs de signes ! Le jour J, sa performance brouillonne et exagérée faisait l’unanimité contre elle chez les sourds.


Un seul mail de Betty Moutoumalaya à Paris 2024 a suffi pour que sa proposition de chansigner soit acceptée, sans tenir compte de ses compétences réelles. Du côté des diffuseurs et de la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel, on saluait l’initiative inclusive. En ignorant apparemment que les sourds signants ne concourent pas aux Jeux Paralympiques (sauf en cas de polyhandicap) mais dans une compétition dédiée, les Deaflympics qui elle, ne bénéficie d’aucune visibilité sur les chaînes.


Difficile alors de ne pas voir dans les Jeux une représentation à deux vitesses. D’un côté, des athlètes handicapés qui voient leurs performances valorisées et célébrées. Des performances – littéralement – hors du commun, portées par du matériel financièrement inaccessible pour la majorité des personnes handicapées en France.


De l’autre, des professionnels, des artistes et des spécialistes handicapés qui luttent pour trouver leur place dans un espace médiatique occupé par des personnes valides aux moindres compétences.


Quel récit écrivent donc ces Jeux pour le grand public mais surtout, qui écrit ce récit ?


Paris 2024 promet des Jeux qui feront bouger les lignes de l’inclusion en France. Je réponds : mais pourquoi attendons-nous 2024 ?


Manon Petit, chargée de Mécénat et Partenariats

Chez Séquences Clés