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  • charlotte6127

Dévaste-moi, une ode à la femme en langue des signes


Après 5 ans d’une tournée intense, le spectacle Dévaste-moi est revenu début février à l’International Visual Theatre, le monument de culture Sourde qui l’a vu naître, pour ses dernières représentations.


L’opportunité pour moi de découvrir ce très beau spectacle avant qu’il ne s’arrête. Bien mal m’en a pris car, n’imaginant pas le coup de foudre qui allait me tomber dessus, j’ai été bien en peine de retrouver des places car les dernières séances étaient complètes !


Spectacle hybride mêlant théâtre, chansigne et concert, Dévaste-moi reprend allègrement les codes du cabaret (version rock, s’il vous plaît) pour mettre, symboliquement, la femme à nu. Un écrin de choix pour son interprète, Emmanuelle Laborit, première femme sourde récompensée par un Molière et co-directrice de l’International Visual Theatre, que je voyais pour la première fois sur scène et que j’ai trouvé absolument renversante.


De costume en costume – la couturière en moi en est ressortie conquise –, accompagnée par l’orchestre Delano, elle nous emmène en chansigne dans un voyage décalé, impertinent parfois brutal, mais aussi infiniment poétique pour raconter la femme dans toutes ses jouissances et ses peines.


La langue des signes apporte toute sa profondeur au spectacle. Impossible de parler de femme sans parler du corps, sujet de tant de tabous, de pression et de diktats. Alors quoi de plus naturel que le faire parler ?


On rit sur « Le tango de la ménopause » de Michèle Bernier et on s’enchante sur « Masturbation Blues » de Candye Kane, qui très visuelles, laissent peu de place à l’imagination. On frissonne sur « Non, tu n’as pas de nom », chanson militante d’Anne Sylvestre sortie en 1974, un an avant la légalisation de l’avortement. L’interprétation en langue des signes apporte une dimension particulière à cette chanson poignante. Car un nom-signe, souvent attribué selon la personnalité ou une particularité physique, est intrinsèquement lié à l’existence. Alors comment nomme-t-on et parle-t-on de ce qui n’a pas existé ?


On est aussi subjugué par le climax sur « Dévaste-moi » de Brigitte Fontaine qui a donné son nom au spectacle. Placée devant un micro, sans voix, sa langue est pourtant loin d’être silencieuse ; « Corrode-moi / Démantèle-moi / Désintègre-moi »… Son souffle amplifié se fait l’écho des paroles.


Comme un écho aussi à ces femmes sourdes, délaissées par des institutions qui ne les écoutent pas.


Manon, Chargée de partenariats chez Séquences Clés


Ce spectacle n’est désormais plus joué, mais l’International Visual Theatre propose de nombreux spectacles mettant en scène la langue des signes, du chansigne à la danse des signes, en passant par le Visual Vernacular. C’est aussi un centre de formation, proposant des cours de langue du niveau A1 au niveau C1. Retrouvez toute la programmation sur le site de IVT.

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